Barbara TEMOINGNAGES

Barbara TEMOINGNAGES


Il a signé les lumières de Gainsbourg, d'Hallyday, de Renaud, de Jane Birkin, de Goldman, de Julien Cler, de Dutron, et de beaucoup d'autres. Il garde pourtant de ses vingt années de travail et d'amitié avec Barbara une saveur toute particulière. L'affiche de Pantin trône en bonne place dans son appartement. Dessus, une dédicace de la dame : " magicien, tu es un magicien "



Barbara a toujours eu vingt ou vingt-cinq ans d'avance sur son temps. Dans sa façon d'être comme dans son travail. C'était une femme terriblement libre. L'un des êtres le plus libre que je connaisse. Elle imaginait des spectacles fantastiques. Si Lily Passion ne fait pas l'unanimité, c'est parce qu'il est très audacieux, novateur, fondamentalement d'avant-garde. Barbara doit être la seule avec Michel Berger à avoir fait mentir ceux qui prétendent qu'on ne sait pas faire de comédie musicale de ce côté-ci de l'Atlantique... Pour travailler avec elle, il fallait enfiler sa robe de bure et être disponible à 100% C'est chez elle que se faisait l'essentiel de la préparation. Je passais deux ou trois jours à Précy, on débattait des chansons, on parlait de climat, d'univers. Quand elle arrivait sur scène, nous étions tous hypnotisés, captivés par cette énergie, cette femme qui se donnait à fond. Elle savait parfaitement se déplacer, d'une façon étrange... Elle était d'avant-garde, là encore, avec ses gestes exagérés, son genou levé très haut, sa façon de tourner comme un Derviche ! Elle aimait la mise en scène. C'était une femme de spectacle, une femme de music-hall. Elle était totalement incontrôlable, elle prenait parfois des risques énormes. Je me souviens d'un récital en Hollande où l'on avait prévu de baisser une trappe entre deux chansons. Je lui avais dit : " pas question de revenir à ce moment-là, il y aura un trou énorme dans la scène, Restez en coulisses. " Devinez : elle a voulu revenir ! Il a fallu que Romanelli la retienne de toutes ses forces pour qu'on évite la catastrophe. Elle a eu de la chance. Elle sortait toujours de scène au bord de l'évanouissement. Elle n'a jamais compté ses efforts, même quand elle était fatiguée. On lui disait " doucement, doucement. " Mais on savait que c'était peine perdue. Et puis jamais personne ne m'a fait autant rire. Il fallait la voir, sur la plage de Marseille, avec tous ses froufrous noirs, nous regarder jouer au foot à neuf heures du matin et hurler pour nous encourager ! Barbara n'était pas une femme noire. Elle était terriblement drôle. On riait, avec elle, jusqu'à l'asphyxie. Tout le monde l'adorée. Je me souviens d'Hallyday au Zénith me disant : " fais-moi des lumière comme tu as fait à Barbara " Je me souviens aussi d'elle, allant voir Sardou en coulisses, et lui faire changer trois fois de ceinture... Il s'exécutait sans mot dire ! Pour moi, Barbara restera une sorte de mère spirituelle. C'était une très très grande humaine. Colossale d'âme. Tous les artistes m'ont apporté, mais elle...particulièrement. Pour moi, elle n'est pas morte. J'ai encore ses fax sur mon bureau, ses petits mots : " viens voir l'automne à Précy, il est magnifique "...



Jacques Rouveyrollis

# Posté le jeudi 25 septembre 2008 03:03

Barbara CITATIONS

Barbara CITATIONS


Sid'assassinés


J'ai consacré un an à l'information sur le sida. Je continu. Un an, ce n'est rien du tout... Un abruti m'a dit un jour que je menais cette action parce que j'étais morbide. Mais moi, je hais la mort ! Justement, c'est pour ça ! C'est le goût de la vie qui me fait agir. Et puis, dans ce cas précis, vous préféreriez qu'on meure sans en parler ? Ce dialogue, c'est la même chose que chanter, le même voyage. Depuis trente ans je pense, et je dis : Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous. Alors j'ai le droit de dire : Préservez-vous. Vous êtes venus me voir, je viens vous voir, c'est normal. Aux Baumettes, j'ai chanté, puis proposé aux prisonniers de poser des questions au spécialiste du sida qui m'accompagnait. Les questions ont fusé... J'ai été plus impressionnée encore par les prisons de femmes - les conditions médiévales de leur détention. Le jour de ma venue à Montluc, exceptionnellement, les fleurs ont été autorisées. Certaines détenues n'en avaient pas vu depuis des années... Quand tu entres en prison en visiteuse, tu en ressors le soir. Mais pas en entier. A l'hôpital, un aumônier s'est étonné : " Mais qu'est-ce que tu leur dis, aux malades ? " Je dis pas, moi, j'écoute. Un jour, un jeune toxico m'a confié : " Je ne savais pas que les rapports entre les gens pouvaient être si simples. Qu'on pouvait se parler... " J'ai vu partir beaucoup de gens, en colère, révoltés, ou dans une grande dignité, ou me demandant de témoigner. J'ai vu des gens qui faisaient des projets, l'un pour partir en Bretagne, l'autre en Israël. Et ces projets-là précédaient l'autre départ. Comme un dernier effort... Je pense à une petite Zaïroise qui est morte. A un ajusteur qui n'a jamais osé dire son homosexualité. Je pense à son regard...


Barbara

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# Posté le mercredi 24 septembre 2008 02:07

Barbara TEMOINGNAGE

Barbara TEMOINGNAGE


Elle se rappelle à nous. On la rappelle à soi. Une fois, deux fois, dix fois. Et la dame n'en finit pas de parcourir la scène du Vinci, de sa curieuse démarche animale. Pour dire merci à tout : aux gens qui l'applaudissent, aux " bravos " lancés des travées comme à l'opéra, aux bouquets de roses déposées dans un coin, à la vie qui va, à la musique. Comme ces personnes de contes de notre enfance qui dispensent le bonheur autour d'eux, Barbara fait du bien à qui la regarde, la désire de loin, jusqu'à ne plus faire qu'un mentalement avec elle.

Elle pourrait chanter l'annuaire téléphonique, elle collerait le frisson. Elle pourrait jouer les dédaigneuses, on en redemanderait quand même. Mais comme elle ne fait ni l'un ni l'autre, la jubilation ressentie à l'écouter, à la voir déambuler, se lover dans son rocking-chair, se tourner vers ses musiciens, bouger d'une main, se cacher derrière le piano, est totale.

Joyeuse, délivrée, juvénile, sûre d'elle, si proche et si aérienne à la fois, Barbara balance son univers sur les planches : pas le " boulet " lugubre des années qui passent, mais un paquet de souvenirs, d'élans, de notations, de choses intimes et de parfums qui vous mettent le c½ur en émoi, et l'envie de ne plus bouger du fauteuil. De rester là, à flâner dans Göttingen, ou rue de la grange aux loups. A espérer " Christine si belle dans son jupon blanc ". Et à pleurer discrètement en attendant que Madame revienne...


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# Posté le mercredi 17 septembre 2008 12:54

Barbara TEMOINGNAGE

Barbara TEMOINGNAGE


Je m'appelle Barbara. J'ai 20 ans. C'est mon père qui a choisi mon prénom. Je crois qu'il a un attachement très particulier à Barbara... enfin la chanteuse ! Le jour de sa mort, je l'ai vu pleurer. Je suis née avec les chansons de Barbara. Plus tard, je me les suis appropriées. Plus j'écoutais, plus je comprenais ses paroles, sa poésie déchirante. Au collège, je faisais un peu " retardée " à côté de mes copains branchés sur Fun Radio. Aujourd'hui, si je rencontre une personne qui aime Barbara, cela me rassure, je me dis que c'est quelqu'un de bien, comme un certificat de future bonne entente. Barbara parle de la femme, et m'a aidée à me construire en tant que femme. Ce qu'elle dit me rend euphorique. Barbara, au-delà de la féminité, l'élégance. Elle parle de l'amour avec liberté, insolence. Sans complaisance, sans mièvrerie, sans pathos. Elle n'est pas dépendante des hommes ; de l'amour si, peut-être. Elle dit : " je te quitte parce que je t'aime " Il faut avoir du culot pour écrire cela, le vivre ! Le revers de son ambition -- l'amour -- c'est la solitude. J'aimerais avoir sa force, affronter la solitude. Nous sommes tous dans une solitude effayante et nous le cachons. Elle, non. Elle ne sait pas mentir. Je crois qu'elle chante pour exorciser son enfance, ses relations avec son père. C'est peut-être pour cela qu'elle s'est davantage attachée à l'amour qu'à un homme. Barbara est une amoureuse de l'amour, une amoureuse du désir. Toujours prête à aller au combat : " Et, bien qu'on connaise l'histoire / Pouvoir s'émerveiller d'y croire... " ( A chaque fois ) J'ai souvent rêvé d'elle. Je la fantasme. Je ne l'ai jamais vue en concert, j'aurais aimé bien sûr, mais ainsi je peux toujours me l'imaginer. Je n'ai jamais eu envie de lire une de ses biographies. Je trouve cela vulgaire. Chacun met Barbara dans sa tête, la garde, en fait ce qu'il veut. Elle éveille trop de sentiments personnels pour qu'il puisse en être autrement. Elle n'est pas dans le spectacle, la démonstration, elle ne joue pas à la star. Même si elle s'est cré un personnage de dame en noir, avec ses dentelles et son rocking-chair ; je crois que c'est pour se protéger, tout simplement. C'est une pudique. Sa chanson Ma plus belle histoire d'amour, chacun la reçoit pour soi. Comme si elle ne chantait que pour une seule personne, alors qu'ils sont cinq mille dans la salle à penser la même chose. C'est génial ! Jamais je ne la trouve sombre, violente, oui, parfois. On l'entend sourire quand elle chante. Elle se moque d'elle-même. Elle est torturée, mais toujours rayonnante. Elle n'a pas le goût du drame, de la souffrance, elle chante la vie comme elle est. Elle aime l'humour. Même sa relation à la mort n'est pas morbide. Elle ose " A mourir pour mourir / Je choisis l'âge tendre " Elle se permet de dire tous ses désirs, même celui de mourir. Combien osent cela aujourd'hui ? Longtemps, je n'ai pas aimé mon prénom. Trop connoté " pouf " de séries américaines. Quand j'ai su qu'elle s'appelait Monique et qu'elle avait choisi Barbara, j'ai été soulagé. Elle m'a réconciliée avec moi-même.

# Posté le vendredi 12 septembre 2008 02:43

BARBARA

BARBARA
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# Posté le mercredi 10 septembre 2008 07:04